10 juin 2009
Back to Reality
« I'm a revolutionary,
A christian fairy tale… »
La lumière blafarde, s’infiltrant par les interstices des stores, découpait l’obscurité de la pièce.
Une chambre de motel, à priori, d’une neutralité théâtrale. Murs d’un blanc sale, meubles beige passé, couvre-lit crème jeté n’importe comment sur le lit.
Quelqu’un avait dormi dans ce lit.
Quelqu’un au sommeil très agité : les oreillers jetés par terre et les draps emmêlés en témoignaient.
Un bruit de douche qui cesse dans la salle d’eau.
The walls of this
chamber
were made to set you free
So soft, so clean
My friend, where have you been…
Damaris sortit de la douche, sans prendre la peine de se couvrir d’une serviette. Elle secoua vaguement la tête pour ôter ses cheveux de devant son visage, puis vint s’appuyer au lavabo d’un air décidé. La jeune femme s’examina d’un œil peu amène.
So dark is my light…
Les yeux gris étaient éteints et froids, comme deux billes de mercure – non, en fait, le mercure avait l’air plus vivant- et de profonds cernes violacés lui mangeaient le visage, lui dessinant de grotesques cocards – pour une fois qu’il n’y avait rien de visible dans ses blessures !
… My demons were so
right to leave me here…
Elle recula, son regard se braquant sur son corps nu avec une attention clinique. Les jambes minces -maigres- et la nouvelle blessure sur la cuisse droite, souvenir d’une sorte de chien des Enfers un peu trop entreprenant.
… So painful my
fight…
La gorge, bleuie, marquée de traces de doigts démesurés et de coupures en cours de cicatrisation. La dernière rencontre en date avec un Népharite. Probablement pas la dernière. Peut-être l’avant-dernière, cependant, vu sa propension à agacer ces créatures.
… As every night
when I lay down to sleep…
Sa clavicule gauche, encore fragile. Un autre Népharite. Celui de la Nouvelle-Orléans. Celui qui, selon Bowen, l’avait…
… I listen to my
heart…
L’avait…
… Expecting it to
stop its beating…
Mais bon, si l’on en croyait Bowen, elle était morte cette fois-là, bon sang !
Donc…
Donc tout n’était peut-être pas vrai.
… But every morning
sun…
La jeune femme déglutit péniblement, et ne fut que moyennement surprise, en relavant les yeux et en les croisant dans la glace, de constater qu’elle pleurait. Elle eut un rictus ironique, s’essuya le visage d’un revers de main et se dirigea vers la chambre à pas lents.
… Wakes up the
sadness in me once again.
Damaris se dirigeait vers le lit d’un mouvement automatique de somnambule. Cependant, arrivée à peu près au milieu de la pièce, elle s’arrêta, et tourna les yeux vers son sac, lancé au sol lors de son arrivée. Avec hésitation, elle s’approcha de celui-ci. Se pencha. Fouilla à l’intérieur. Le prit.
Lui.
Son tourment.
Sa boussole.
Son bouclier.
Son arme.
Le Cube. Ou le Dodécaèdre, si l’on écoutait Léonard.
Elle suivit du doigt les lignes gravées sur ses faces visibles, s’étonnant une fois de plus que son contact paraisse brûlant et glacial à la fois.
Cette fois-ci ça y est mon vieux… On a passé tous les deux le point de non-retour… Toi, tu as poignardé un Népharite, et moi… La jeune femme réprima un haut-le-cœur. Moi, j’ai abattu un homme de sang-froid. Joli, hein ?
Elle ferma les yeux avec force, se mordit les lèvres pour réprimer son envie de pleurer, ou peut-être celle de vomir.
Après quelques instants, Damaris poussa un long soupir et se dirigea vers le lit, où elle se recoucha, en chien de fusil, le Cube étroitement serré contre son ventre.
…And I need my
chemicals,
I need your chemicals…
Lauranne
10.06.09
(Accompagnement :
Diary of dreams : Soulstripper, The Valley, Chemicals)
02 juin 2009
Portable
- Oui Mamie, je viendrai chez toi cet été, promis.
Non, j’ai un problème de portable. Non, je ne peux pas te donner un nouveau
numéro. Mais je te rappelle en milieu de semaine, promis. Bisous !
Lizzie s’appétait à reposer le mobile sur la table
quand une voix proche la fit sursauter :
- Pourquoi tu tripotes mon portable,
LaVigne ?
Elle étouffa le sursaut que cette vois avait
provoqué et se retourna vers la propriétaire dudit téléphone. Barbie
Westlake. Pom-pom girl sortant avec le quaterback local. Blonde. Finira
probablement reine de la promo. Irrémédiablement stupide. Des seins passés d’un
petit 85B à un bon 95D en un été. Celui de ses 13 ans. Pfffffffff…
- Je l’admirais, Barbie. Il est très… original.
- Ah. Oui, Père me l’a ramené de sa société, c’est
un prototype. La couleur est chouette non ?
- Ou… oui. Son nom exact ?
- « Framboise bien mûre écrasée ».
- Très évocateur. Bravo. Fais y bien attention.
La petite brune remit rapidement le téléphone dans
les mains d’une Barbie extatique, et sortit du préau. Elle s’avachit sur la
pelouse, posant la tête sur le ventre d’un jeune homme qui y était déjà
allongé.
- Pas cool, Liz, de lui bouffer son forfait…
- S’en apercevra pas, elle a pour plus de 1000
dollars de téléphone par mois, c’est pas une petite demi heure qui va changer
grand-chose…
- Ouais, n’empêche…
- Jason.
- Moui ?
- Si tu ne veux pas que je te démette le bras
juste devant le lycée, tu retires ta main de sous mon T-shirt.
- Méheu !
- Tout de suite.
- Pfff… T’es trop coincée…
- C’est ça oui…